AIMé CéSAIRE : LA COMMUNAUTé NOIRE ET LE MONDE PLEURE SON DEPART...

AIMé CéSAIRE : LA COMMUNAUTé NOIRE ET LE MONDE PLEURE SON DEPART...
Haïti pleure "un père, un Aimé"

Ecrivains et poètes haïtiens ont évoqué "un père, un Aimé" en saluant jeudi la mémoire du poète martiniquais Aimé Césaire, chantre de la "négritude", décédé à 94 ans à Fort-de-France.

"Aimé Césaire est l'un des plus grands créateurs de son temps. Un grand mapou est tombé. Nous avons perdu le père, l'ami, le frère, le poète. Un visa pour l'Éternité à ce grand maître de la parole", a déclaré Frankétienne, un des plus grands écrivains haïtiens.

"Aimé Césaire nous a transmis la force de regarder demain. Ce" nègre fondamental "a marqué pour toujours notre vie", a commenté pour l'AFP Rodney Saint-Eloi, poète et éditeur haïtien vivant à Montréal.
"Aimé Césaire a donné à l'homme noir et à l'homme antillais sa fierté", a déclaré Gary Victor, romancier haïtien à succès, lauréat du plusieurs prix littéraire.


"Aimé Césaire, c'est l'enfance de la poésie francophone noire. Je ne sais pas quand je l'ai rencontré pour la première fois. Comme un père, comme un Aimé, il fait partie de ma vie. Il a ouvert, facilité et aussi permis un autre regard sur l'histoire d'Haïti. Il a trouvé le dénominateur le plus sérieux du panafricanisme, il a réussi à lier les continents avec sa poésie", dit Emmelie Prophète, responsable de la direction nationale du livre en Haïti.
L'écrivain franco-haïtien René Depestre, 82 ans, installé près de Narbonne dans le sud de la France, s'est déclaré pour sa part "bouleversé" par le décès d'Aimé Césaire, "un penseur, un homme politique brillant et surtout un très grand poète".


René Depestre avait 17 ans lorsqu'il fit la connaissance d'Aimé Césaire, alors jeune professeur en Martinique, venu à Haïti faire un séminaire sur la littérature française. "Je n'ai pas perdu le contact depuis 64 ans", a dit l'essayiste à l'AFP.

L'Afrique pleure Aimé Césaire, qui a magnifié la négritude du continent

L'Afrique pleure Aimé Césaire, poète antillais et chantre de la négritude décédé jeudi, considéré par de nombreux intellectuels comme un "éveilleur de conscience" qui a contribué à rendre sa "dignité" à l'Homme noir, notamment dans sa lutte contre le colonialisme.Mais des voix s'élèvent aussi pour regretter qu'il n'ait pas été distingué par un prix Nobel ou, à l'instar du "poète-président" sénégalais Léopold Sedar Senghor, autre patriarche de la négritude, par une entrée à l'Académie française.


Aimé Césaire, disparu à l'âge de 94 ans, est "l'homme qui a éveillé à la conscience de l'identité noire non seulement les Noirs de la diaspora mais, nous, les Noirs d'Afrique", a indiqué à l'AFP Cheikh Hamidou Kane, auteur d'un des monuments de la littérature africaine "L'aventure ambiguë". "Il a été aussi +éveilleur de conscience+ en ce qui concerne le débat sur le colonialisme", a-t-il précisé."Il était vraiment très Sénégalais, très Africain. C'était admirable car au moment où il a vécu, les Antillais que les Africains connaissaient, étaient considérés un peu comme des auxiliaires du colonisateur, comme des Français à peau noire", a-t-il rappelé.
Mais "je regrette qu'il n'ait pas été honoré, consacré, salué comme il le méritait au plan international", notamment avec "un prix Nobel, de la paix ou de la littérature".


"Je regrette qu'il n'ait pas été honoré, comme l'a été Léopold Sedar Senghor, par l'Académie française. Il méritait aussi d'être membre de cette académie", a-t-il affirmé.Aimé Césaire "a contribué à rendre à l'Homme noir sa fierté, a consacré toute sa vie à combattre pour la dignité de l'Homme noir et de tous les peuples opprimés en général", a de son côté indiqué à l'AFP l'écrivain sénégalais Hamidou Dia, un ami du poète antillais."Il a toujours voulu rester debout, il s'est toujours réclamé de l'Afrique, de ses ancêtres bambara", l'ethnie majoritaire au Mali, a-t-il ajouté."Une grande amitié le liait à Senghor. Il venait souvent au Sénégal. Il est très aimé des Sénégalais, d'ailleurs beaucoup de Sénégalais le prennent pour un Africain. Au Sénégal, dans les programmes de littérature africaine, il y a Césaire, c'est le seul Antillais", selon lui.

"Aimé Césaire, nous l'avons tous récité", s'est également souvenu le président Abdoulaye Wade, 81 ans, lors d'un entretien avec Europe 1, quelques jours avant le décès du poète."Je n'étais pas partisan de la négritude. Mais je savais ce qu'ils voulaient dire. Ils étaient très peu de Noirs dans un milieu blanc. Ils voulaient réaffirmer leur identité : +nous, nous existons, nous avons une culture+", a-t-il ajouté."Il n'appartient pas à la Martinique, il appartient à l'Afrique. Il est très attaché à l'Afrique, il assume son africanité", a-t-il insisté, rappelant qu'il avait connu Aimé Césaire "en 1956 à la Sorbonne" à Paris."Après une intervention, il est venu me prendre et nous sommes allés ensemble dans la cour de la Sorbonne. Lui, le grand Césaire, internationalement connu, moi, un simple étudiant. Il m'a pris par la main et nous avons parlé", a conclu le président Wade.


AIMé Césaire au Panthéon ? Royal et d'autres élus pour, Albanel d'accord

Plusieurs élus, dont l'ex-candidate PS à l'Elysée Ségolène Royal, ont demandé que la Nation rende hommage au poète Aimé Césaire, mort jeudi à 94 ans, en l'accueillant au Panthéon, une idée à laquelle la ministre de la Culture, Christine Albanel, s'est dite "favorable".

L'auteur du "Cahier d'un retour au pays natal" avait "tous les titres, de par sa personnalité, son oeuvre et son message pour figurer au Panthéon", a jugé la ministre. "C'est une très belle idée"."Je ne sais pas si lui-même l'aurait souhaité, certains grands personnages sont tellement attachés à leur terre qu'ils souhaitent y rester, mais Aimé Césaire en aurait tous les titres", a-t-elle toutefois ajouté. Ségolène Royal, qui a prévu de se rendre aux veillées funèbres et aux obsèques de l'écrivain, a "demandé l'entrée d'Aimé Césaire au Panthéon".Dans un communiqué, le député Victorin Lurel, président PS de la Région Guadeloupe, fait lui aussi cette demande, "si le peuple de la Martinique l'accepte et sauf volonté contraire exprimée de son vivant sur cet éventuel honneur par Aimé Césaire".

Le député-maire de Drancy (Nouveau centre) Jean-Christophe Lagarde, a fait une requête en ce sens, dans une lettre au président Nicolas Sarkozy."Au regard de l'oeuvre et de la vie d'Aimé Césaire, il serait souhaitable, Monsieur le Président, que vous puissiez proposer, sous réserve naturellement de l'accord de sa famille et de ses proches, son entrée au Panthéon", écrit-il.

De son côté, l'historien Claude Ribbe appelle à "accompagner Césaire au Panthéon le 10 mai 2008", à l'occasion de la journée commémorant l'abolition de l'esclavage en 1848. Une pétition a été lancée "dès le 12 avril" pour une panthéonisation du "nègre fondamental", précise-t-il.

SOURCES
: www.africamaat.com

# Posté le samedi 19 avril 2008 11:20

AIMé CéSAIRE, UN SOLDAT DE JAH, UN LION, UN PHARAON NOUS A QUITTé...

AIMé CéSAIRE, UN SOLDAT DE JAH, UN LION, UN PHARAON NOUS A QUITTé...
LE PERE DE LA « NEGRITUDE » S' EN EST ALLé

Le poète, homme politique et écrivain Aimé Césaire est décédé selon une annonce officielle du ministère de la culture effectuée ce jeudi.
La semaine dernière (mercredi 9 avril), Aimé Césaire avait été hospitalisé, à la suite de problèmes respiratoires et cardiaques. Des rumeurs alarmistes se répandaient sur son état de santé certains annonçant son décès dans un premier temps avant que les médecins du CHU de Fort-de-France n'annoncent le samedi 12 avril que son état était "stable et préoccupant".Pourtant, il ne faisait déjà aucun doute qu'Aimé Césaire allait extrêmement mal. Un proche de la famille avait ainsi annoncé son décès samedi soir (12 avril) en précisant que ses organes vitaux à l'exception de son cerveau avaient cessé de fonctionner. Il ajoutait : "Sa situation clinique est extrêmement critique. Nous préférons nous en remettre à Dieu"
.

Co-fondateur du mouvement de la Négritude, avec Léon Gontran Damas et Léopold Sedar Senghor qui devint un frère pour lui, Aimé Césaire laisse à la postérité une immense œuvre littéraire, comportant quelques classiques comme "le discours sur le colonialisme" ou "Le cahier d'un retour au pays natal", qui figurent au programme scolaire dans de nombreux pays africains par exemple.
Aimé Césaire fut aussi un député actif pendant toute la IVe République, et l'un des artisans de la création des départements d'Outre-mer, Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion.Elu pour la première fois député le 4 novembre 1945 sous l'étiquette communiste aux élections pour la première Assemblée nationale constituante, Aimé Césaire devient membre de la Commission des territoires d'outremer.


C'est au nom de celle-ci qu'il présente, le 26 février 1946, un rapport sur des propositions de loi visant à faire de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane et de la Réunion, des départements français."A l'heure où, ça et là, des doutes sont émis sur la solidité de ce qu'il est convenu d'appeler l'Empire, à l'heure où l'étranger se fait l'écho de rumeurs de dissidence, cette demande d'intégration constitue un hommage à la France et à son génie. Et cet hommage, dans l'actuelle conjoncture internationale, prend une importance singulière", plaide-t-il.La loi sera votée à l'unanimité le 19 mars 1946.


Après le rejet du projet de Constitution, en mai 1946, Aimé Césaire est réélu dans la nouvelle constituante, le 2 juin. La Constitution de la IVe République adoptée, la Constituante est dissoute. Aimé Césaire est réélu, en novembre, dans la première législature de la IVe.Il y est nommé membre de plusieurs Commissions parlementaires importantes : affaires étrangères (1946), territoires d'outremer (1946, 1948, 1949, 1950, 1951) et enfin, éducation nationale (1948, 1950, 1951). Il déposera un très grand nombre de textes parlementaires.Lors des législatives du 2 janvier 1956, Aimé Césaire conduit la liste du PCF. Il vote la confiance à Guy Mollet (31 janvier 1956), puis les pouvoirs spéciaux en Algérie (12 mars).Mais 1956 est marquée par la crise du mouvement communiste en Europe et Aimé Césaire donne, en octobre, sa démission de membre du PCF. Il s'inscrit au Parti du regroupement africain et des fédéralistes.Il ne prendra pas part au vote d'investiture du général de Gaulle comme président du Conseil, le 1er juin 1958, ni à celui du 2 juin sur la révision constitutionnelle. Le même jour, il refuse les pleins pouvoirs au gouvernement de Gaulle.Sous la Ve, il est réélu député jusqu'en 1993 mais mène une vie de député moins active.

Les relations chaotiques d'Aimé Césaire et de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy, qui doit assister dimanche à Fort-de-France aux obsèques nationales d'Aimé Césaire, a entretenu des relations chaotiques avec le poète martiniquais, qui n'appréciait guère les positions de l'ancien ministre de l'Intérieur sur la présence française outre-mer.Jeudi matin, l'Elysée a annoncé la mort du chantre de la "négritude" et vieux militant contre la colonisation, avant les autorités locales à Fort-de-France.Le président Sarkozy a aussitôt salué la mémoire du poète, "symbole d'espoir pour tous les peuples opprimés" à travers son combat "pour la reconnaissance de son identité et la richesse de ses racines africaines".

En 2005, Aimé Césaire, qui recevait régulièrement les personnalités en visite en Martinique, avait pourtant refusé de le rencontrer lors d'un voyage prévu, puis annulé, aux Antilles.Objet du litige : la loi de février 2005, dont un article mentionnait "le rôle positif de la présence française outre-mer". Une formule que le père de la "négritude", de tous les combats contre le colonialisme, ne pouvait accepter.En mars 2006, il avait finalement reçu celui qui était alors ministre de l'Intérieur, lui offrant son célèbre "Discours sur le colonialisme" de 1950.

M. Sarkozy avait salué le 26 juin le poète et "homme d'action", "porteur d'un message de paix, de tolérance et d'ouverture", à l'occasion du 94e anniversaire de l'écrivain, dans une lettre rendue publique par l'Elysée.A Fort-de-France, si l'on se félicite de l'hommage rendu à Aimé Césaire, on rappelle le ratage qu'avait constitué l'absence à Dakar du Président de la République de l'époque, Jacques Chirac, aux obsèques de l'ancien président du Sénégal Léopold Sédar Senghor, autre père de la "négritude".Cette absence avait été très mal perçue par les Sénégalais.

# Posté le samedi 19 avril 2008 10:58

Modifié le samedi 19 avril 2008 12:03

L'APARTHEID ,UN PLAT QUI SE MANGE FROID...

çI CONTRE UN REPORTAGE SUR LES VIOLENCES EN AFRIQUE DU SUD RESULTANT D'UNE SITUATION SOCIALE ECONOMIQUE ET POLITIQUE INEGALE ENTRES LA POPULATION BLANCHE ET LA POPULATION NOIRE.ON POUVAIT S'Y ATTENDRE LORSQUE L'ON SAIT QUE LA POPULATION BLANCHE POSSEDE 80% DES RICHESSES DU PAYS ALORS QUE LA POPULATION NOIRE VIT EN GRAND NOMBRE SOUS LE SEUIL DE PAUVRETE...

# Posté le mardi 15 avril 2008 05:30

ACHILLE MBEMBE...

ACHILLE MBEMBE...
LAISSEZ MOI VOUS PRESENTER MON ONCLE , ECRIVAIN, HISTORIEN,THEORICIEN DU POST-COLONIALISME ,PROFESSEUR D'HISTOIRE ET DE SCIENCES POLITIQUES MONSIEUR JOSEPH ACHILLE MBEMBE.

VIE ET ETUDES AU CAMEROUN
Achille Mbembe est né au Cameroun en 1957. Il obtient son doctorat en histoire à l'université de la SORBONNE à Paris, en France, en 1989. Par ailleurs il est titulaire d'un D.E.A en sciences politiques de l'INSTITUT d'éTUDES POLITIQUES, toujours à Paris. Reconnu comme l'un des plus grands théoriciens actuels du post-colonialisme, Il est intervenu dans de nombreuses universités et institutions américaines dont l'université de COLUMBIA (New York), la BROOKINGS INSTITUTION de Washington, l'université de PHILADELPHIE(Pensylvannie), l'université de BERKELEY(Californie), l'université de YALE. Maisil a aussi été membre au Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique (Codesria) à Dakar au Sénégal où il a vécu pendant quelques années. Il est actuellement membre de l'équipe du Wits Institute for Social & Economic Research (WISER) de l'Université du Witwatersrand de Johannesburg en Afrique du Sud où il vit actuellement.Mais Il est également professeur d'histoire et de sciences politiques à la même université. Ses principaux centres d'intérêts sont l'histoire de l'Afrique, la politique africaine et les sciences sociales.
Achille Mbembe est donc né au centre du Cameroun en juillet 1957. Il appartient à l'ethnie bassa(dont je suis évidemment issue puisque c'est mon oncle.lol!). Il a passé une bonne partie de son enfance à Malandè, petit village situé non loin d'Otélé, important carrefour sur la ligne du chemin de fer Douala-Yaoundé. A Mbembe a été éduqué à l'internat par les pères dominicains. Il s'engagera dans la Jeunesse estudiantine chrétienne (JEC) où, très rapidement, il aura la responsabilité du journal du mouvement, Au Large.
Sa région d'origine fut un bastion du mouvement nationaliste camerounais. Il gardera notamment des souvenirs vifs de la guerre coloniale menée par la France contre l'Union des populations du Cameroun (UPC) à partir de 1955. Il se souvient particulièrement du récit de la mort de Ruben Um Nyobè, le fondateur de l'UPC, sauvé de l'oubli officiel par la mémoire populaire.
Après avoir dirigé la résistance au sud du Cameroun, A.Mbembe fut banni. Il publia une critique des écrits Sur Um Nyobè (cF "Le Problème national camerounais", 1982 et "Écrits sous maquis", 1986).
Il est impliqué dans des grèves au collège, puis à l'université de Yaoundé qu'il fréquente à partir de 1978. Son mémoire de maitrise d'histoire porte sur les violences qui accompagnèrent le processus de décolonisation du Cameroun. Il ne fera jamais l'objet d'une défense publique, les autorités académiques de l'époque s'étant désistées.
Grâce à son engagement dans la JEC, il entreprend la découverte du Nord-Cameroun et, de manière générale, la connaissance de son pays et plus particulièrement de la vie des ses paysans. Avec ses camarades, il participe à des cours d'alphabétisation, organisés l'été pour les paysans, dans le village de Mokong, non loin de Maroua, l'un des principaux centres commerciaux de la région.
Dans un texte d'allure autobiographique consacré aux intellectuels africains paru dans la revue Politique africaine, il reviendra à plusieurs reprises sur l'idée que rien ne fut facile, rien ne fut promis, rien ne fut donné. Chaque étape dans son accomplissement d'homme et d'intellectuel représente une bataille. La question du travail pour financer les études est donc consubstantielle à son existence et à sa vie d'intellectuel.


Le journal de la JEC constitua, pour le jeune Mbembe et ceux de sa génération, une excellente tribune pour analyser différents aspects de l'autoritarisme de l'époque, sous les dictatures d'Ahmadou Ahidjo (1958-1982) et de Paul Biya (de 1982 à nos jours).A travers un examen du divorce entre le système éducatif et la société, ils s'emploieront à exprimer leur rejet des aspects les plus absurdes de la postcolonie. Des cours d'alphabétisation des paysans organisés l'été par la JEC, Mbembe fera l'expérience d'une politisation accrue, s'affranchissant également des dogmatismes idéologiques.
Son expérience au sein de la JEC lui permit également de voyager en Afrique. Ainsi, suite à son voyage en Tanzanie en 1980, il entrera en contact avec la pensée du « Mwalimu » Julius Nyerere. En effet, dans les années 1970-1980, Dar Es Salam est un centre de bouillonnement intellectuel et de lutte pour la libération du continent. Le Comité de l'Organisation de l'Unité Africaine y est basé. Julius Nyerere pourvoit argent et soutien logistique à tous les mouvements de libération sur le continent. Par ailleurs l'Université de Dar Es Salam est un grand lieu de la production intellectuelle du marxisme africain.
Achille Mbembe cherchera à penser avec et contre Frantz Fanon, le célèbre écrivain anti-colonialiste, dans une perspective que l'on pourrait appeler une « éthique de l'interrogation ». Fanon écrivait justement « Mon corps fait de moi un être qui interroge » « ». Une des multiples problématiques qui traverse l'œuvre de Mbembe est celle de « se tenir débout par soi-même, après l'expérience de la colonisation » « ». Il se concentre sur la post-colonie qui fait suite à la colonisation. Mbembe n'interroge pas seulement le leadership africain, mais développe une réflexion historique et philosophique sur la question de l'autogouvernement, et s'attache à penser la possibilité de l'autoréalisation du sujet africain dans un monde de plus en plus complexe, globalisé et extrêmement technique. L'Afrique longtemps considérée comme en dehors du monde, retrouve dans son analyse un statut identique aux autres continents, ni supérieur, ni inférieur. L'Afrique est pensée dans son altérité au monde.
Héritier de la rigueur des grands penseurs camerounais, tel Fabien Eboussi Boulaga et Jean Marc Ela, qui passe pour être son principal inspirateur, Mbembe perpétue une pensée engagée dans l'action.Arrivé à Paris en 1982, Mbembe poursuit des études d'histoire à l'université de Paris-I (Panthéon-Sorbonne), tout en multipliant les écrits dans la presse de gauche (dont Le Monde diplomatique). Il commence une thèse de doctorat d'État, sous la direction de Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne de l'Afrique, qui est la continuation de ses travaux sur le mouvement nationaliste camerounais. Il s'inscrit également à Sciences-Po où il travaille sous la direction de Jean Leca. Ayant grandi et vécu au Cameroun, Jean François Bayart devient son « mentor » parisien. Il lui ouvre les pages de sa revue Politique africaine et de son école de pensée (le politique par le bas en Afrique). Mbembe reconnaît lui-même qu'en plus de Jean-Marc Ela, Jean Leca et Jean François Bayart exercèrent une influence considérable dans l'invention de son soi intellectuel.
Sa formation terminée, Mbembe obtient un poste de professeur assistant à l'université Columbia. Pendant sa période de formation à Paris, Mbembe réalisera la douloureuse désillusion de l'entrée du continent dans ce qu'il appellera alors le temps du malheur. Il fera donc partie de cette génération tourmentée entre la volonté de retourner sur le Continent pour contribuer aux changements nécessaires et une impossibilité pratique de se réaliser de manière satisfaisante en Occident.


ETATS-UNIS ET SENEGAL(CODESRIA)
Achille Mbembe part aux États-Unis en 1986, bénéficiant d'une bourse de la fondation Ford, pour rédiger son livre Afriques indociles. Richard Joseph, aujourd'hui professeur d'études africaines à la Northwestern University à Chicago, facilita à l'époque son séjour. De son expérience américaine, il reconnaîtra ce qu'il appellera plus tard une éthique de l'accueil pour le chercheur qu'il est. Il fut également surpris de la très grande présence d'autres universitaires issus de ce que l'on appelle aujourd'hui les « minorités visibles ». Il enseigne aussi dans plusieurs universités, dont celle de Californie (Irvine) au sein de la quelle il intervient toujours actuellement. À Berkeley, à Los Angeles, Yale, Boston, Duke, Chicago, Philadelphie, il a parlé du continent, de sa multiplicité, de ses contradictions et de sa pluralité à des étudiants venus du monde entier. Il a été professeur invité dans plusieurs pays dans le monde.
Lorsqu'après une année aux États-Unis il revient soutenir sa thèse à Paris, il a déjà acquis une aura internationale incontestable. Après trois ans d'enseignement à l'université Columbia, il passe une année à la Brookings Institution à Washington avant de rejoindre l'université de Pennsylvanie en 1992. En 1996, il obtient la bourse de la MacArthur Foundation.
Après son expérience américaine, il obtient le poste de Secrétariat Exécutif du Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences Sociales en Afrique (CODESRIA) à Dakar (juillet 1996-janvier 2000). Excédé par les luttes idéologiques qui affaiblissaient sa capacité d'action, il démissionne en janvier 2000.
Mbembe s'établit ensuite au Cap en Afrique du Sud où il finit d'écrire De la postcolonie. Puis, après un congé sabbatique à Berkeley, l'université du Witwatersrand à Johannesburg demanda son concours en vue de l'établissement d'un nouvel Institut de recherche, le Witwatersrand Institute of Social and Economic Research, où il exerce depuis 2001 les fonctions de directeur de recherche.
Mbembe prend vite part au débat sur la place du chercheur dans le processus de production du savoir sur l'Afrique. Pendant son mandat au CODESRIA, un vif débat agite les africanistes au sujet de la production du savoir en Afrique. Certains défendent la position selon laquelle seuls les Africains peuvent produire un savoir objectif sur le continent, alors que d'autres, dont Mbembe, soutiennent, à l'inverse, que tout être doué de raison peut produire un savoir sur n'importe quel sujet. Les premiers affirment qu'il serait impossible de saisir l'Afrique dans ses nuances et pour ce qu'elle est à l'aide de références occidentales, d'outils et de théories produites dans le contexte occidental.
À l'instar de Jean-François Bayart, qui affirmait qu'il faut se détacher des références occidentalo-centrées, pour percevoir l'Afrique à partir de ce qu'elle représente elle-même dans ses réalités propres, Mbembe invite à voir, percevoir et sentir le continent non pas en terme d'absence ou de manque, mais analyser ce que représente le continent aujourd'hui. Il s'oppose ainsi à l'analyse de l'Afrique, notamment au sein des institutions internationales (ONU, PNUD, FMI, Banque mondiale, Union européenne, etc.), dans une perspective de manque, de déficit, d'injonction à ce que devrait être l'Afrique. Ainsi, celle-ci est toujours perçue en référence à l'Occident, à un modèle à atteindre, et non pour ce qu'elle est réellement. En dépit de cette abondante prose des experts sur l'Afrique, Mbembe nous rappelle que la seule chose que nous sachions de l'Afrique, c'est ce que devrait être le continent...
Sans doute à cause de la sévérité de son regard sur l'Afrique, certain accusent Mbembe de faire le jeu d'un afro-pessimisme qu'il combat pourtant. L'incompréhension entre Mbembe et « ses frères » intellectuels est courante.


DE LA DEMOCRATIE EN AFRIQUE

Fervent lecteur de Frantz Fanon, Mbembe s'inscrit dans la logique de se tenir débout par soi-même: l'Afrique ne doit rien attendre de personne. Aucun pays au monde ne s'est développé avec l'aide au développement, ni encore moins avec une gestion humanitaire d'un problème politique. Mbembe rejette toute posture victimaire. A ceux qui disent que l'Afrique reçoit plus qu'elle ne donne, il démontre, chiffres à l'appui, qu'en dépit du marasme ambiant sur le continent, le retour sur investissement des entrepreneurs occidentaux est plus que rentable.A Mbembe désigne par le terme d'« âge du fratricide » [citation nécessaire] la période succédant, en Afrique, à la fin de la guerre froide, et qui coïncide avec une multitude de conflits dits de « basse intensité ». Il parle alors de « pulsion de mort » et de « passion de détruire » [citation nécessaire], et qualifie cette période comme le moment où « la violence du frère à l'égard du frère devient la règle, autrement dit le frère et l'ennemi ne font plus qu'un » [citation nécessaire]. Pour qualifier ces combats, il parle de guerre postcoloniale, artisanale mais néanmoins extrêmement dévastatrice, à l'instar du génocide au Rwanda.
Selon LUI, qui ré-investit le vocabulaire psychanalyste, les idéaux du panafricanisme et de solidarité n'auraient pas survécu, après le meurtre du "Père colonisateur", aux ambitions de quelques responsables politiques qui ont manipulé avec agilité les questions identitaires, autour de l'autochtonie.Mbembe distingue trois éléments obstruant la démocratisation en Afrique [1]. D'abord la faillite de l'État et l'informalisation des économies. Il ajoute le double impératif d'une ouverture politique et économique et la diffraction sociale. Enfin il rappelle que l'atrophie des intellectuels africains, restés muets et sourds sur la nécessité de réfléchir sur un modèle de démocratie sur le continent peut être un facteur explicatif de la difficulté de ce régime politique à s'enraciner sur le continent.
A Mbembe dépasse ainsi le débat entre les dynamiques du dehors et du dedans dans les transformations en cours sur le continent. Sa mission consiste à éclairer, à donner à comprendre et si possible à formuler des théories pouvant faciliter l'identification des facteurs de résistances et des obstacles au projet de l'indépendance : se tenir debout par soi-même en Afrique.
L'enjeu n'est pas de copier un quelconque système de gouvernement, mais plutôt de voir dans quelle mesure une gouvernance démocratique peut advenir sur le continent, à partir de réalité ancrée localement et qui font sens pour les communautés politiques africaines.


A MBEMBE OUVERT AU PUBLIC,AU COEUR DE SON TEMPS
Mon oncle intervient régulièrement sur le blog d'Alain Mabanckou pour tenir des chroniques sur les enjeux majeurs du continent. Tous les sujets y passent, du football , en passant par la famille "moderne" africaine ou bien d'autres choses encore. Il donne des entretiens à la radio(RFI etc), à la presse écrite et dans de nombreux médias en dehors du cercle académique.
Son article sur les équipes africaines au mondial 2006 a été complété par des entretiens avec son ami Lilian Thuram sur d'autres sujets portant aussi sur la citoyenneté en France. Avec Célestin Monga, ils ont interrogé l'Afrique contemporaine et les enjeux autour de la famille et de la responsabilité des élites...


voilà, voilà pour ceux qui m'ont dejà posé la question ou pour ceux qui ne le savent pas mais aussi pour ceux qui le savent et me disent tt le tps"mais pourquoi tu ne mets pas d'articles sur ton oncle ?": JOSEPH ACHILLE MBEMBE EST MON ONCLE TOUT SIMPLEMENT PARCE QUE C'EST LE CADET DE LA FAMILLE DE MA MERE. IL EST + PRéCISéMENT LE 2è ENFANT D'UNE FAMILLE DE 7 ENFANTS DONT MA MERE EST LA 4è. SON PERE M. TANG MBEMBE JEAN ET SA MERE NGO YEBGA THERESE SONT MES GRAND-PARENTS (du côté maternel, puisque ce sont également les parents de ma propre mère).SI JUSQU'ICI JE N'AVAIS PAS ENCORE PUBLIé D'articles SUR LUI C'EST TOUT SIMPLEMENT PARCE QUE JE NE VOULAIS EN AUCUN CAS COMMENCER CE BLOG AVEC UN ARTICLE SUR LUI ET JE NE VOULAIS PAS NON PLUS QUE CERTAINS SE DISENT : çA Y EST ELLE SE LA PETE PARCE QUE C'EST SON ONCLE ,OU DES CHOSES DE CET ACABIT.DONC VOILà...
ET S'IL ATTACHE AUTANT D'IMPORTANCE A L'HISTOIRE DE RUBEN UM NYOBE C'EST TT SIMPLEMENT PARCE QU'IL ETAIT L'AMI INTIME DE PIERRE YEMBACK, MARI A SA TANTE NGO YEBGA MARTINE(soeur unique à ma grand mère NGO YEBGA THERESE).MAIS C'EST AUSSI PARCE QU'IL LE CONSIDERE COMME ETANT LE 1ER A AVOIR ELABORé UN PLAN ET EMIS L'IDEE D'UN CAMEROUN INDEPENDANT...


JE SUIS NéAMOINS FIèRE DE MON ONCLE ET DE TOUT CE QU'IL ENTREPREND POUR LA RELèVE DE NOTRE CHER CONTINENT.ON CONTINUE ET ON CONTINUERA LE COMBAT TONTON MALGRé LE TEMPS QUE CELA PRENDRA POUR ENFIN RELEVER LE DEFI...

JE T'AIME TRES FORT...

pour plus d'infos aller sur le site www.africamaat.com , www.grio.com, www.wiser.com ,www.bonaberi.com

# Posté le lundi 14 avril 2008 13:18

RUBEN UM NYOBE LE + GRAND LEADER INDEPENDATISTE DU CAMEROUN

RUBEN UM NYOBE LE + GRAND LEADER INDEPENDATISTE DU CAMEROUN
Ruben Um Nyobe est né en 1913 à Song Peck près de Boumyebel dans l'arrondissement d'Eséka, de Nyobé Nsounga et de Ngo Um Nonos, des paysans Bassa, à 180 kilomètres de Douala.
Il a fait ses études primaires dans les écoles locales des missionnaires presbytériens (en 1920 il fréquente l'école presbytérienne de Makay où il est baptisé en 1921; en 1924 il quitte cette école pour l'école d'Ilanga près d'Eséka où il obtient son certificat d'études primaires en 1929) puis il intègre en 1931, l'Ecole normale de Foulassi en pays bulu, tenue également les presbytériens.
Il est renvoyé de cette école, l'année où il doit obtenir son diplôme de fin d'études, accusé d'être toujours prompt à prendre la tête des mouvements de revendication et de protestation. Il obtient néanmoins son diplôme de fin d'études, en temps que candidat libre.
Il enseigne pendant quelques années dans les écoles presbytériennes. En 1935, il est admis au concours des commis des services civils et financiers. Il poursuit ses études en travaillant et obtient par correspondance sa première partie du baccalauréat en 1939. Il est affecté au greffe du tribunal d'Edéa. Dans l'exercice de son métier, il se passionne pour le droit. Ce faisant, il découvre l'injustice à laquelle sont soumis les camerounais, à travers le système de l'indigénat. En effet, la loi distingue les indigènes (camerounais) considérés comme des sujets, des français considérés comme des citoyens. La loi ne laisse aucune possibilité d'expression pour la lutte politique ou pour la défense des droits des travailleurs aux indigènes.
La participation de nombreux "indigènes" à la luttre de libération de la France après 1940 contre les allemands va permettre à la France libre du général de Gaule d'alléger quelque peu les rigueurs des lois sur l'indigénat. En 1944, sous la pression des évènements, la France reconnaît aux travailleurs camerounais le droit de syndiquer.
En 1945, grâce à l'appui de la Confédération Générale des Travailleurs (CGT), syndicat français proche du parti communiste, Um Nyobé participe à la création de l'Union des Syndicats Confédérés du Cameroun (USCC) dont il devient le sécrétaire général adjoint.
Um Nyobé va alors consacrer son énergie à créer une multitude de syndicats qu'il réussit à fédérer en unions syndicales régionales puissantes. L'USCC met ensuite en place, le Cercle d'Etudes Sociales et Syndicales, sorte d'école de formation au syndicalisme, où des spécialistes analysent et étudient le système d'exploitation économique et politique du régime colonial.Um Nyobé est très assidu aux conférences données par les syndicalistes de la CGT.


Dans le Cercle, on développe l'idée selon laquelle le système d'exploitation des travaileurs s'appuie sur le statut colonial du Cameroun et que l'amélioration du sort des travailleurs passe nécessairement par l'émancipation politique du Cameroun.
Um Nyobé pense que l'indépendance seule peut permettre l'amélioration du sort des travailleurs et des masses laborieuses. L'indépendance du Camerouna devient alors pour lui, un objectif stratégique. En 1946, la France autorise les activités politiques au Cameroun. Le 10 Avril 1948, Um Nyobé avec d'autres patriotes créent l'Union des Populations du Cameroun (U.P.C).
Pour faciliter la reconnaissance du parti, ses fondateurs syndicalistes parmi lesquels se trouve Um Nyobé décident d'un commun accord de ne pas figurer leurs noms sur la liste officielle des membres fondateurs. Les syndicalistes en question n'apparaîtront au devant la scène qu'une fois le parti reconnu. Après plusieurs hésitations des autorités coloniales, le partie est reconnu le 9 Juin 1948. Aussitôt, Um Nyobé se dévoile et apparaît le 17 Juin à Abidjan comme le représentant officiel de l'UPC au Congrès du Rassemblement Démocratique Africain. En réalité, ce n'est qu'en 1950 qu'il devient officiellement Sécrétaire général du parti à l'issue du premier congrès. A ce titre, il est le principal animateur du parti.A partir de cette date, Um va se consacrer exclusivement à la politique et abandonner son poste de sécrétaire de l'USCC à son ami Jacques Ngom.
Depuis 1949, Um a demandé et obtenu auprès de l'administration coloniale, sa mise en disponibilité pour pouvoir s'occuper de ses activités. En Décembre 1952, il se rend à New York où il prononce un réquisitoire contre la France à l'Organisation des Nations Unies (ONU) devant la commission de tutelle. Dans ce réquisitoire, il démontre que la France administre le Cameroun de la même façon que ses propres colonies, avec l'intention d'incorporer dans l'empire français alors que le Cameroun est une pupille de l'ONU qui en a seulement confié la tutelle à la France. Il dénonce les lenteurs de la France pour mettre en place les réformes politiques au Cameroun. Il souligne que ces réformes doivent tenir compte de la spécificité du Cameroun, autrefois uni sous le protectorat allemand, maintenant divisé en deux parties dont la partie occidentale est placée sous l'administration anglaise et la partie orientale sous administration française. Il insiste sur la nécessité de la réunification des deux Cameroun qui doivent politiquement évoluer ensemble.
De retour au Cameroun au début de 1953, Um Nyobé fait imprimer le texte de son intervention aux Nations Unies sous la forme d'un mémorandum intitulé : « Que veut le Cameroun ? »
Dans ce texte, on peut retenir que le Cameroun veut la réunification des deux Cameroun d'une part, et l'indépendance d'autre part. Um Nyobé qui a trouvé une tribune attentive à l'ONU y retourne en Décembre 1953 où il accuse encore la France de retarder l'émancipation du Cameroun. En Janvier 1954, il demande à la France d'organiser un référendum sur la question de la réunification et de fixer un délai pour la fin de la tutelle et l'accession à l'indépendance. Dès lors, il fait l'objet d'une surveillance stricte des autorités françaises.
Le 18 Avril 1955, son domicile est attaqué par la police. Sa femme et une vingtaine de ses partisans sont pris en otage par la police. Um se réfugie alors à Boumyebel, son village natal. C'est le moment que choisit l'église catholique pour mettre en garde les fidèles contre l'UPC. En pleine période pascale, la conférence épiscopale fait lire dans toutes les églises une lettre violente contre l'UPC :« Nous mettons les chrétiens en garde contre les tendances actuelles du parti politique connu sous le nom de l'Union des Populations du Cameroun, en raison non pas de la cause de l'indépendance qu'il défend, mais de l'esprit qui l'anime. » Cette lettre allume la mèche qui va embraser le Cameroun.
A la suite de la publication de la lettre pastorale, des incidents éclatent entre les indépendantistes de l'UPC et les anti-indépendantistes animés par le BDC. Dans certaines localités, les missionnaires sont agressés et les biens de l'Eglise saccagés. Le 22 Mai 1955, les autorités interdisent une réunion de l'UPC à Mbanga. Les militants passent outre l'interdiction. Les forces de l'ordre chargent. Les Upécistes résistent. Un policier est tué. La situation s'envenime et les émeutes gagnent tout le Sud Cameroun, notamment Douala. Le 26 Mai, le Gouverneur Roland Pré qui a fait venir les forces françaises stationnées au Congo, mate l'insurrection à Douala. Il y'a des dizaines de morts et de blessés. Six cent dix sept Upécistes sont officiellement arrêtés. Le 13 Juillet, l'UPC et toutes ses organisations annexes sont interdites.Um Nyobé et ses partisans du pays Bassa gagnent le maquis dans la forêt de Boumyebel pour continuer leurs activités politiques dans la clandestinité. Félix Moumié le président officiel de l'UPC avec d'autres leaders, Abel Kingué, Ernest Ouandié se réfugient à Kumba. De Kumba, ils s'exilent à l'étranger. Um Nyobé resté au Cameroun, incarne désormais tout seul, l'UPC sur le sol colonial. Les Français qui savent qu'il est l'aile la plus modérée du parti et qu'il est le plus populaire et le plus écouté des leaders de l'UPC, lui envoient plusieurs délégations pour le convaincre de sortir du maquis avec ses partisans pour négocier. Mais Um Nyobé demande des garanties politiques, notamment la réhabilitation de son parti, l'UPC, ce que la France ne veut pas.


Le 29 Avril 1956, à travers une loi dite « Loi Cadre », la France définit un nouveau cadre juridique à travers lequel l'évolution de ses colonies d'Afrique est envisagée. Cette loi donne au Cameroun sous administration française, la possibilité d'évoluer par étapes vers l'indépendance alors que l'UPC exige l'unification préalable des deux Cameroun et l'indépendance immédiate. La « loi Cadre » prévoit que le Cameroun deviendra tout de suite un Etat sous tutelle avec un gouvernement à compétence locale et la possibilité d'évoluer à long terme vers un Etat souverain. Des élections doivent mettre en place une Assemblée locale. Le parti majoritaire à l'Assemblée aura la possibilité de former un gouvernement local dont le Premier Ministre sera nommeé par le Haut Commissaire de la république française au Cameroun. Afin que lui-même et les siens puissent participer à ces élections, Um Nyobé réclame la levée de l'interdiction de son parti et l'amnistie pour faits et délits politiques commis avant Mai et en Mai 1955. La réhabilitation de l'UPC et l'aministie sont refusées par les autorités françaises. Um Nyobé ironise alors sur la « loi Cadre » en la traitant de « loi des fers » (allusion faite à M. Gaston Deferre, initiateur de la loi Cadre)
La situation au Cameroun devient tendue au point que l'admnistration annonce finalement en Août 1956, son intention d'amnistier les personnes mêlées aux évènements de Mai 1955. Mais Um Nyobé n'avait pas été mêlé à ces évènements. Les faits qui lui sont reprochés sont antérieurs à cette date. Il n'est donc pas amnistiable. Par ailleurs, l'amnistie prévue n'annulant pas l'interdiction du parti, l'UPC ne pourra présenter de candidats aux élections prévues par la loi-cadre dont la date est fixée au 8 Novembre. Après de nombreuses tractations, la date des élections est repoussée au 23 Décembre. L'amnistie prévue n'est décidée par la France que le 11 Décembre, après la date de dépôt de candidature, douze jours avant les élections. Il apparaît clairement, que la France ne souhaite pas la participation de l'UPC à ces élections, même dans le contexte de la loi Cadre.
Dans la Sanaga Maritime, fief de Um Nyobé, ce boycott prend une tournure dramatique avec l'assassinat de candidats transfuges de l'UPC (Dr Délangué et M. Mpouma), le sabotage des équipements publics, l'incendie des bureaux de vote. Les représailles de l'armée française sont terribles. La quasi totalité des habitants de la Sanaga Maritime gagnent le maquis où se cache toujours Um Nyobé maintenant surnommé « Mpodol », ou celui qui porte la voix, celui qui défend la cause.
Mgr Thomas Mongo, évêque de Douala, premier évêque Camerounais, originaire de la Sanaga Maritime essaie de persuader sans succès Um Nyobé de sortir du maquis, au cours d'une rencontre secrète en 1957. Ruben Um Nyobé refuse. Il exige l'amnistie totale et inconditionnelle pour tous les faits et délits commis avant Décembre 1956, le rétablissemnt de l'UPC, la réunification et l'indépendance du Cameroun. Mgr Thomas Mongo rapporte aux autorités son entretien avec Um Nyobé.
Lorsque la loi d'amnistie est votée le 17 Février 1958, elle ne s'applique qu'aux actes commis avant le 2 Janvier 1956. En clair, ceux qui ont été impliqués dans les troubles précédant ou ayant suivi les élections de Décembre 1956 ne sont pas concernés par l'amnistie. De plus, l'UPC n'est toujours pas légalisée. Dans ces conditions, Um Nyobé estime qu'il doit poursuivre ses activités politiques et armées dans la clandestinité. Il installe son quartier général à Mametel dans les environs de Boumyebel. L'armée rebelle le traque alors impitoyablement avec ses partisans maquisards.
Au début du mois de Septembre 1958, les militaires français dont le commandant en chef est le colonel Lamberton localisent son poste de commandement à Mametel. Informé,Um Nyobé quitte Mametel le 10 Septembre en pleine nuit sous une pluie battante, avec huit de ses fidèles dont deux femmes et son homme de confiance Mayi Matip Théodore. Ils ont décidé d'aller se cacher ailleurs dans le maquis dirigé par Alexandre Mbend Libot. Le lieu de rendez-vous est une grotte secrète. Après quelques heures de marche, le cortège qui s'est perdu dans la forêt décide de bivouaquer dans les rochers environnants. Le lendemain au lever du jour, le groupe réalise avec effroi qu'il a passé la nuit dans la « tanière aux lions », « lia li njee » en langue bassa, lieu connu et fréquenté par l'armée. Um Nyobé décide alors de dépêcher deux éclaireurs au village le plus proche. Leur mission est de ramener un guide capable de conduire le groupe jusqu'au maquis de Mbend Libot. Mais le 13 Septembre avant le retour des éclaireurs, Um Nyobé entend un bruit de pas et signale à son entourage la présence des militaires. Aussitôt, des coups de feu éclatent. Son compagnon Yem Mback est tué à bout portant ainsi que les deux femmes qui l'accompagnent.Um Nyobe fut tué de plusieurs balles, tombant sur le bord d'un tronc d'arbre qu'il s'efforçait d'enjamber ; c'était près de son village natal, Boumnyebel, dans le département du Nyong-et-Kéllé dans une zone occupée par l'ethnie Bassa dont il était par ailleurs natif. Après l'avoir tué, les militaires traînèrent son cadavre dans la boue, jusqu'au village Liyong. Cela le défigura, sa peau, sa tête et son visage étant profondément déchirés. En travestissant à ce point sa dépouille, la force coloniale voulut "détruire l'individualité de son corps et le ramener à la masse informe et méconnaissble", affirme J.-A. Mbembe. C'est dans le même esprit, poursuit-il, qu'"on ne lui accorda qu'une tombe misérable et anonyme. Aucune épitaphe, aucun signalement particulier n'y furent inscrits. Puisqu'il fallait nier tout ce dont sa vie témoignait, en faisant un mort sans visage, rien ne devait subsister qui fît briller sur ce cadavre un dernier reflet de sa vie. Par la suite, et pour un comble, on l'enterra immergé dans un bloc massif de béton. L'Etat cherchait ainsi à brouiller définitivement les liens de Um avec le sol où il reposait, et où, selon le principe de l'autochtonie propre à la société dont il descendait, se perpétuaient ses rapports avec sa lignée, sa descendance. Il s'agissait, au total, d'effacer UM de la mémoire des hommes en le renvoyant au chaos où il ne serait plus strictement personne". Il fut traité ainsi, achève Joseph-Achille Mbembe, "pour s'être opposé sans compromis au régime colonial et pour avoir résisté à la corruption à laquelle recourait l'administration pour vaincre moralement les Africains qui osaient se dresser contre elle". Il est significatif de voir que, cinquante après sa mort, l'Etat post-colonial camerounais peine, non seulement à rendre hommage à ce héros et martyr de la lutte contre les dominations coloniales, mais qu'il refuse même tout simplement de laisser évoquer son nom dans l'espace et la mémoire collective. Les manuels d'histoire et documents officiels du pays sont ainsi banis de toute référence à sa personne, alors même qu'il est le seul, en son temps, à avoir réussi à articuler un projet clair d'accès de son pays à l'indépendance. A tout jamais gêné par ce cadavre dont il porte lourdement la malédiction, incapable de donner une justification cohérente de son expulsion du champ des savoirs, L'Etat du Cameroun ne trouve justification que dans le silence. Le même silence que celui dans lequel il persiste à faire vivre ce mort.


PS : L'historien et politiste camerounais Achille Mbembe est sans doute ainsi, à ce jour, le meilleur connaisseur et narrateur, aussi bien de l'histoire personnelle et politique de Ruben Um Nyobe, que de celle de l'UPC et du Cameroun, tout court. Parmi ses ouvrages les plus retentissants sur ces sujets, figurent "Ecrits sous maquis" (L'Harmattan, 1989) et surtout, l'exceptionnelle "naissance du maquis dans le sud-Cameroun" (Khartala, 1996). Références incontournables auxquelles il faut ajouter de nombreux articles, par le même auteur, sur le même sujet, dont l'un est "Pouvoir des morts et langage des vivants; les errances de la mémoire nationaliste au Cameroun" in Politique africaine, n°22. A Achille Mbembe .il faut aussi indiquer le travail de témoigange, tout aussi méritoire, de Stéphane Prévitali intitulé "Je me souviens de Ruben" (Khartala, 1999)
Ainsi s'achève l'histoire de cet homme, Ruben Um Nyobé, le «Mpodol», qui de son empreinte aura marqué la lutte contre l'impérialisme occidental et l'asservissement des pays du sud. Que la terre de nos ancêtres lui soit toujours légère et puisse, la Jeunesse Africaine tout entière et Camerounaise en particulier, s'inspirer de cet homme, qui fût, à n'en plus douter, un des plus grands indépendantistes Africains. Demeure en paix, « Mpodol » : hier, tu as porté la voix; aujourd'hui, tu nous montres encore la voie. A nous d'arpenter sagement le chemin.

SOURCES : www.bonabéri.com
sources completées par ACHILLE MBEMBE AVEC LES OEUVRES "ECRITS SOUS MAQUIS", et " NAISSANCE DU MAQUIS DANS LE SUD CAMEROUN".

# Posté le lundi 14 avril 2008 11:46